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Agendas 2009-2010
Centre Sèvres
Premier Semestre 2009-2010.
À partir du Mercredi 21 octobre : 19 h. 30 — 21 h. 30
Cours de Bernard FORTHOMME
S. Bonaventure, la théologie comme sagesse chrétienne
Présentation synthétique
Le cours de cette année sera centré sur la dynamique du De Triplici Via.
Face aux théologiens qui critiquent les Écritures ou la vie du Christ (impossible comme voie de pauvreté), face aux philosophes qui s’en tiennent de manière naïve au savoir d’une nature perpétuelle ou aux sciences éclatées, lesquels en restent à l’illusion d’une morale intemporelle, Bonaventure développe une sagesse qui s’exprime en reconnaissant la beauté de la création autant que la situation dramatique du savoir humain et, par la connaissance du principe complexe qui s’y exprime, assainit la théorie comme la pratique, ce qui autorise le dépassement critique du passé et du présent par le futur anticipé et par l’amour.
Présentation longue
Nous consacrerons surtout notre interrogation sur le style théologique de S. Bonaventure, autrement dit sur ce qui stimule le plus en lui son écriture, pour ainsi dire son instinct profond ou son stigmate, ce qui le distingue des Sommes contemporaines, sans l’en isoler comme une surprise sans mesure. Il y a style théologique si l’on s’écarte de la banalité de l’idéologie ou du seul signe surprenant, de la dissolution dans l’automatisme ou la pure singularité.
En ce sens, la pensée théologique bonaventurienne apparaîtra non pas comme une grande logique, mais comme style sapiential : moins précis sur des détails pour être plus ferme sur l’ensemble du système. C’est le style de l’unité, comme recherche de la synthèse, révoquant l’identité intemporelle pour stimuler la connaissance et l’amour. Ce style, c’est la sagesse chrétienne suivant Bonaventure. Sagesse qui recèle toute la ressource du style : cette magnifique capacité d’intégrer le silence dans le discours, la pratique du silence et de ce qu’il présente au plan même du discours. Silence qui se fait l’écho de la source elle-même, de ses bifurcations et de son accomplissement anticipé, cette parole à laquelle ne peut prétendre le langage théologique ni même l’Écriture réceptive, mais encore celui du théologien silencieux, de sa fraternité, de sa gouvernance. Cette éviction du détail bavard ou trivial, implique celle de la petitesse usurpatrice des théologies contestant l’Écriture ou la possibilité de la voie de pauvreté, et dénonce la myopie bureaucratique de la philosophie qui oblige à s’en tenir à une nature littérale ou à des sciences éclatées.
Un pareil style redoute le trouble du détail, comme l’exégèse scolastique aussi bien que millénariste de l’Écriture. Le détail de la glose est comme un trouble du système, une rébellion de la cité, de la vie fraternelle. Une certaine exégèse déchire le tissu commun et paralyse l’action, la pratique, la sagesse ! Cela ne trahit pas seulement un esprit conservateur, mais un esprit premier ou celui de l’enfance. Cela stimule un regard synthétique, abréviateur. Il exagère l’ossature dramatique pour faciliter la mémoire. Le drame est scripturaire : drame de la science et de la liberté, drame peccamineux, drame crucial, mais encore médecine sacramentelle et judiciaire. D’où finalement l’éloignement du style sentenciaire, non pour la Somme, mais l’Abrégé (Breviloquium, De Triplici Via, Lignum Vitae, Itinerarium). L’amour sait abréger ! L’abréviation de Dieu, c’est le medium, le Christ.
Second Semestre
Séminaire de 2è et 3è cycles
Date : du 2 février au 18 mai 2010.
Présentation courte :
Une source majeure de la théologie et de la mystique : la parrèsie
Nous aborderons l’enracinement politique du concept de parrhèsia, comme franc-parler, mais aussi ses usages philosophiques, notamment dans le cynisme. Nous aurons une attention particulière à la parrèsie comme source de la vie apostolique, de la mission, de la théologie, de la mystique et de la direction de conscience — ce qui permet de conjoindre ce qui semble souvent hétérogène. Avec l’émergence du concept de parrèsie dans la pensée contemporaine, c’est aussi la fin de l’ère du soupçon qui se cherche.
Présentation longue :
Une source majeure de la théologie, de la prédication et de la mystique : la parrèsie
Nous examinerons d’abord les champs politiques, rhétoriques, médicaux et philosophiques du concept de parrhèsia. Ensuite, nous aborderons les usages de la notion dans la Septante, le corpus néo-testamentaire et apostolique, avant d’insister sur la rupture monastique et “gouvernementale”, le courant anti-parrèsiaque. Il faudra analyser les transformations impliquées par une telle méfiance au niveau de la relation à Dieu (de l’expérience d’une relation immédiate), à soi-même, aux autres et au monde, mais aussi les mutations repérables de la vie commune, de l’exercice de l’autorité et de l’obéissance, l’émergence de la confession auriculaire, jusqu’à l’établissement de la direction de la conscience et de la cure analytique.
Sans négliger l’exercice du scandale que constitue aussi la parrèsie, et qui conduit à porter une attention particulière sur les contre-conduites médiévales, la prédication énergique, les vecteurs parrèsiaques dans les réformes et contre-réformes, mais également les révolutions et contre-révolutions, voire dans le vagabondage spirituel, allant des « fols en Christ » jusqu’aux voyages de la Beat Generation. Enfin, il nous faudra interroger la signification du recours au concept de parrèsie dans la pensée contemporaine. C’est aussi la fin de l’ère du soupçon qui se cherche.
Bibliographie : Michel Foucault, Le Courage de la vérité. Le gouvernement de soi et des autres II, Cours au Collège de France, 1984, Paris, Gallimard/Seuil, 2009.
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